BTV et gymnastique de la trompe d'Eustache
La BTV, ou Béance Tubaire Volontaire, est une technique de compensation qui consiste à ouvrir volontairement les trompes d'Eustache grâce aux muscles du voile du palais, de la gorge et aux mouvements de la mâchoire.
Contrairement à la manœuvre de Valsalva, elle ne cherche pas à créer une forte pression pour envoyer de l'air vers l'oreille moyenne. Elle repose avant tout sur l'apprentissage et le contrôle musculaire.

Qu'est-ce que la BTV ?
Les trompes d'Eustache relient l'oreille moyenne au rhinopharynx. Elles sont habituellement fermées et s'ouvrent naturellement, notamment lors de la déglutition ou du bâillement.
En apnée, l'augmentation de la pression pendant la descente impose d'équilibrer régulièrement la pression de l'oreille moyenne. Plusieurs techniques peuvent être utilisées : Valsalva, Frenzel, mouvements de mâchoire ou encore Béance Tubaire Volontaire.
l'apnéiste cherche à ouvrir volontairement les trompes d'Eustache par une action musculaire comparable au début d'un bâillement, notamment en mobilisant le voile du palais et la mâchoire.
Certaines personnes réalisent naturellement ce mouvement. Pour d'autres, il faut apprendre à identifier et contrôler des muscles que nous avons rarement l'habitude de mobiliser volontairement.
Pourquoi travailler la gymnastique tubaire ?
La gymnastique tubaire ne consiste pas simplement à « muscler les oreilles ». Son intérêt est surtout d'améliorer la perception et le contrôle des muscles participant à l'ouverture des trompes d'Eustache.
Prendre conscience des muscles
Apprendre à identifier les mouvements de la langue, du voile du palais, de la gorge et de la mâchoire associés à l'ouverture tubaire.
Améliorer le contrôle
La répétition des exercices permet de mieux dissocier les différents mouvements et d'obtenir progressivement une action plus précise.
Compenser plus doucement
Une meilleure maîtrise des mécanismes d'ouverture tubaire peut aider à utiliser des techniques de compensation nécessitant moins de pression.
Avant de commencer les exercices
Utiliser un miroir
Pour les premiers exercices, placez-vous devant une glace. Cela permet notamment d'observer les mouvements de la gorge et de mieux prendre conscience de la zone travaillée.
Position de la tête
Gardez la tête droite ou légèrement relevée, sans créer de tension excessive au niveau du cou.
Repérer l'os hyoïde
L'os hyoïde est un petit os situé dans la partie supérieure du cou, au-dessus du larynx. Il se déplace notamment lors de la déglutition.
Les doigts peuvent être posés doucement sur cette zone pour percevoir ses mouvements, sans exercer de pression importante.
Commencer lentement
Les premiers mouvements doivent être effectués lentement. Le but est d'abord d'identifier les sensations avant de rechercher des contractions plus rapides et précises.
Les exercices de gymnastique tubaire
Cette progression travaille successivement la langue, le voile du palais et la mâchoire avant de combiner ces mouvements.
Mobilisation de la langue
Commencez bouche ouverte, puis reproduisez progressivement les exercices bouche fermée.
Premier mouvement :
tirez la langue aussi loin que possible vers l'avant, comme si vous cherchiez à toucher le menton.
Ramenez ensuite la langue dans la bouche et poussez sa base vers l'arrière et vers le bas, en gardant sa pointe au niveau du plancher de la bouche.
Deuxième mouvement :
placez la pointe de la langue derrière les incisives supérieures puis balayez lentement le palais vers l'arrière, en direction du voile du palais.
Contrôle du voile du palais
Cet exercice est particulièrement important pour apprendre à identifier la contraction du voile du palais.
Bouche ouverte, commencez un mouvement de déglutition mais interrompez-le avant d'avaler.
Essayez de sentir la contraction du voile du palais et le mouvement associé au niveau de la gorge.
Commencez très lentement. Lorsque le mouvement est mieux identifié, vous pourrez effectuer plusieurs contractions plus courtes et successives.
Mobilisation de la mâchoire
Effectuez ces mouvements bouche ouverte puis bouche fermée.
Avancez puis reculez progressivement la mâchoire inférieure.
Déplacez ensuite la mandibule alternativement vers la droite puis vers la gauche.
Le but n'est pas de forcer l'articulation, mais de prendre conscience de son influence sur la région tubaire.
Langue + voile du palais
Placez la pointe de la langue contre les incisives inférieures.
Poussez l'arrière de la langue vers le bas et vers l'arrière.
Dans cette position, commencez un mouvement de déglutition et interrompez-le au moment de la contraction du voile du palais.
Effectuez d'abord l'exercice bouche ouverte, puis cherchez à reproduire la même sensation bouche fermée.
Mâchoire + langue + voile du palais
Placez la pointe de la langue contre les incisives inférieures.
Projetez doucement la mâchoire inférieure vers l'avant tout en avançant la langue.
Conservez cette position et réalisez une contraction du voile du palais à l'aide d'un début de déglutition interrompu avant d'avaler.
Cet exercice associe les différents mouvements travaillés précédemment.
Vers la BTV
Avec l'entraînement, cherchez progressivement à reproduire la sensation d'ouverture tubaire sans exagérer les mouvements de la langue ou de la mâchoire.
Le mouvement final peut ressembler au début d'un bâillement : la mâchoire avance légèrement tandis que le voile du palais et les muscles de la gorge participent à l'ouverture des trompes.
Programme d'entraînement sur quatre semaines
Voici une progression inspirée de la gymnastique tubaire proposée par le Dr Frédéric Di Méglio dans un document de prévention FFESSM. La priorité reste la précision du mouvement plutôt que la force.
Première semaine
Chaque jour, travaillez bouche ouverte puis bouche fermée :
5 fois minimum les exercices de langue.
5 fois minimum les exercices de mâchoire.
10 fois minimum les exercices du voile du palais.
Deuxième semaine
Ajoutez chaque jour le travail combinant langue et voile du palais.
Réalisez au minimum 10 répétitions.
Troisième semaine
Travaillez l'exercice associant mâchoire, langue et voile du palais.
Réalisez au minimum 10 répétitions par jour.
Quatrième semaine
Chaque jour, réalisez environ 10 répétitions :
du travail du voile du palais ;
du travail langue + voile ;
du travail mâchoire + langue + voile.
Passer des exercices à la compensation en apnée
Réussir un mouvement devant un miroir et l'utiliser pendant une descente sont deux étapes différentes. Sous l'eau, la vitesse de descente, la position de la tête, le relâchement et l'évolution de la pression interviennent également.
Compensez avant la gêne
N'attendez pas qu'une pression importante apparaisse. Une compensation réalisée tôt et régulièrement demande beaucoup moins d'effort.
Ne forcez jamais
Une compensation doit rester douce. Si une oreille ne passe pas, arrêtez la descente et remontez légèrement.
Il ne faut jamais chercher à vaincre une douleur en augmentant brutalement la pression.
Pas d'apnée avec un nez encombré
Un rhume, une inflammation ou une congestion nasale peuvent rendre l'ouverture des trompes d'Eustache beaucoup plus difficile.
Dans ce cas, savoir renoncer à descendre est souvent la meilleure décision.
BTV, Frenzel... plusieurs outils
Il n'existe pas une technique universelle adaptée à tous les apnéistes. La BTV peut être extrêmement confortable pour certains, tandis que d'autres utiliseront plus facilement la technique de Frenzel.
L'intérêt est de comprendre plusieurs méthodes et de trouver celle qui correspond à votre anatomie, votre niveau et votre profondeur de pratique.
Une difficulté de compensation n'est jamais un exercice de volonté. Si la pression devient douloureuse, remontez légèrement. Si le problème persiste, interrompez la descente.
Travailler sa compensation pendant un stage d'apnée
Les exercices à sec permettent de comprendre les mouvements, mais l'apprentissage devient beaucoup plus concret lorsque l'on peut observer la technique pendant de véritables descentes.
Identifier sa technique
BTV, Frenzel, mobilisation de la mâchoire : il est fréquent qu'un apnéiste utilise plusieurs mouvements sans réellement savoir lesquels.
Les exercices permettent de mieux comprendre et d'organiser sa compensation.
Corriger pendant les descentes
La profondeur permet ensuite de vérifier la régularité de la compensation et de travailler le relâchement, la position de la tête et la fréquence des manœuvres.
La compensation s'apprend aussi à sec
Prendre conscience des mouvements de la langue, du voile du palais et de la mâchoire permet de mieux comprendre ce qui se passe ensuite pendant une descente. Mais le véritable objectif reste une compensation douce, régulière et adaptée à vos sensations.