La manœuvre de Frenzel en apnée : apprendre à mieux compenser
La manœuvre de Frenzel est l'une des techniques de compensation les plus utilisées en apnée. Elle permet d'envoyer de l'air vers les trompes d'Eustache grâce au mouvement de la langue et du larynx, sans avoir à pousser fortement avec les muscles respiratoires.
Plus précise et généralement mieux adaptée à la descente en apnée que la manœuvre de Valsalva, Frenzel demande néanmoins un peu d'apprentissage : il faut réussir à coordonner la glotte, le voile du palais et la langue.

Comment fonctionne la manœuvre de Frenzel ?
Pendant une descente, la pression ambiante augmente. L'air contenu dans l'oreille moyenne se comprime et le tympan se déforme progressivement vers l'intérieur.
Pour rétablir l'équilibre, l'apnéiste doit faire parvenir de l'air dans l'oreille moyenne par les trompes d'Eustache.
Avec Frenzel, le nez est pincé, la communication avec les poumons est momentanément isolée au niveau de la glotte et la langue agit comme un piston. Son mouvement augmente la pression de l'air présent dans la bouche et le rhinopharynx.
en Frenzel, ce n'est normalement pas le ventre qui pousse. La pression est produite principalement grâce au mouvement de la langue et du larynx.
Frenzel ou Valsalva : quelle différence ?
La manœuvre de Valsalva
Le nez est pincé et l'apnéiste cherche à expirer contre les narines fermées.
La pression provient alors essentiellement des muscles expiratoires et de la pression thoracique.
Cette technique est relativement simple à découvrir, mais elle devient moins adaptée lorsque la profondeur augmente et que le volume pulmonaire diminue.
La manœuvre de Frenzel
Le nez est également pincé, mais la glotte est fermée.
La langue et le larynx compriment une petite quantité d'air vers le rhinopharynx et les trompes d'Eustache.
La manœuvre demande ainsi beaucoup moins d'intervention des muscles respiratoires et s'intègre généralement mieux à une descente relâchée en apnée.
Le mécanisme est différent. L'objectif n'est justement pas d'augmenter la force, mais de produire la pression nécessaire avec beaucoup plus de précision.
Les trois éléments à comprendre
Frenzel devient beaucoup plus simple à apprendre lorsqu'on cesse de chercher à « souffler dans ses oreilles » et que l'on comprend le rôle de trois structures : la glotte, le voile du palais et la langue.
La glotte
La glotte correspond à la zone située entre les cordes vocales. Elle permet de contrôler le passage de l'air entre les poumons et la gorge.
Pendant Frenzel, elle est fermée afin que la pression produite par la langue ne reparte pas vers les poumons.
Le voile du palais
Le voile du palais participe à l'orientation du passage de l'air entre la bouche et le nez.
Pour Frenzel, il doit permettre la communication vers le rhinopharynx afin que la pression puisse atteindre les trompes d'Eustache.
La langue
C'est elle qui réalise une grande partie du travail.
En remontant et en réduisant le volume de la cavité buccale, elle agit comme un piston et comprime la petite réserve d'air vers le rhinopharynx.
Frenzel en version simple
Avant de décomposer chaque mouvement, voici ce que l'on cherche finalement à réaliser.
Pincer le nez
Fermez les narines avec les doigts ou contre la jupe du masque.
Fermer la glotte
Isolez la petite réserve d'air située dans la bouche et la gorge de l'air contenu dans les poumons.
Faire un « K » ou un « T »
Reproduisez le mouvement de langue utilisé pour commencer à prononcer un K ou un T, sans réellement prononcer le son.
Sentir les oreilles s'équilibrer
La pression produite par la langue est dirigée vers le rhinopharynx puis les trompes d'Eustache.
Le mouvement doit rester bref et doux.
Apprendre Frenzel étape par étape
Si le mouvement complet ne fonctionne pas immédiatement, il est souvent plus efficace d'apprendre séparément les différents éléments avant de les réunir.
Apprendre à contrôler la glotte
Prenez une inspiration puis ouvrez la bouche.
Essayez d'empêcher l'air de sortir sans fermer la bouche. Vous utilisez alors la fermeture située au niveau des cordes vocales.
Une autre façon de retrouver cette sensation consiste à reproduire le mouvement utilisé lorsque vous retenez votre respiration ou lorsque vous interrompez volontairement une expiration.
Apprendre à contrôler le voile du palais
Ouvrez la bouche et expirez doucement par la bouche.
Sans fermer la bouche, dirigez ensuite l'air uniquement vers le nez.
Alternez lentement : bouche – nez – bouche – nez.
Cet exercice permet de prendre conscience du rôle du voile du palais dans l'orientation du passage de l'air.
Lorsque le mouvement devient facile, augmentez progressivement la vitesse des alternances.
Trouver la bonne position de langue
Plusieurs positions de langue peuvent être utilisées en Frenzel. On parle souvent de positions T ou K.
Pour commencer, placez la pointe de la langue contre le palais, juste derrière les incisives supérieures, comme si vous alliez prononcer la lettre « T ».
Les côtés de la langue viennent naturellement prendre appui contre le palais et les molaires.
Vous créez ainsi une petite poche d'air qui pourra être comprimée.
Utiliser la langue comme un piston
Pincez le nez et conservez une petite quantité d'air dans la bouche.
Fermez la glotte.
Faites ensuite remonter l'arrière de la langue, comme pour commencer à prononcer un « K ».
Ce mouvement réduit le volume disponible dans la bouche et augmente la pression de l'air vers le rhinopharynx.
Si les trompes d'Eustache s'ouvrent correctement, vous devez ressentir une légère mise en pression des oreilles.
Coordonner glotte et voile du palais
C'est souvent la partie qui demande le plus de temps.
La glotte doit empêcher l'air de repartir vers les poumons, tandis que le passage vers le rhinopharynx doit rester disponible.
Pincez le nez, fermez la glotte puis réalisez plusieurs petits mouvements de langue.
Vous devez pouvoir obtenir plusieurs compensations successives sans contraction importante de l'abdomen.
Tout mettre ensemble
Pincez le nez.
Gardez une petite réserve d'air dans la bouche.
Fermez la glotte.
Maintenez le passage vers le nez disponible.
Placez la langue en position T ou K.
Utilisez-la comme un piston pour produire une petite augmentation de pression dans le rhinopharynx.
Les oreilles doivent s'équilibrer avec très peu d'effort.
Comment savoir si je fais Frenzel ou Valsalva ?
Beaucoup d'apnéistes utilisent Frenzel spontanément sans connaître son nom. À l'inverse, certains pensent faire Frenzel alors qu'ils continuent à pousser avec le thorax.
Posez une main sur votre ventre
Réalisez plusieurs compensations à sec.
Si vous devez contracter nettement le ventre et les muscles expiratoires à chaque fois, vous utilisez probablement encore une composante importante de Valsalva.
Avec un Frenzel propre, le mouvement principal se situe au niveau de la langue et de la gorge.
Observez votre gorge
Placez-vous devant un miroir et réalisez doucement Frenzel.
Vous pouvez parfois observer un petit mouvement du larynx associé au mouvement de la langue.
L'exercice doit rester confortable et sans effort important.
Passer de Frenzel à sec à Frenzel dans l'eau
Savoir faire Frenzel assis dans son salon est une première étape. Le réaliser tête en bas pendant une descente demande ensuite de la coordination, du relâchement et de l'anticipation.
Compensez très tôt
Effectuez une première compensation avant que la pression sur les tympans devienne perceptible.
Continuez ensuite à compenser fréquemment pendant la descente.
N'attendez jamais la douleur
Plus le différentiel de pression augmente, plus l'ouverture des trompes peut devenir difficile.
Si une oreille ne passe pas, arrêtez la descente et remontez légèrement.
Restez relâché
Une crispation de la mâchoire, du cou ou de la gorge peut perturber la compensation.
Frenzel doit progressivement devenir un mouvement court, doux et presque automatique.
N'oubliez pas le masque
Le masque constitue lui aussi un espace aérien qui doit être équilibré pendant la descente.
Il suffit généralement d'expirer régulièrement une petite quantité d'air par le nez.
Frenzel permet-il de descendre plus profond ?
Comparé à Valsalva, Frenzel est généralement beaucoup mieux adapté à l'apnée profonde car il ne dépend pas directement de la capacité à pousser l'air depuis les poumons avec les muscles expiratoires.
Mais Frenzel n'est pas une technique « illimitée ». Lorsque la profondeur augmente, les poumons et la réserve d'air disponible dans les voies aériennes se compriment.
Il n'existe donc pas une profondeur précise à laquelle Frenzel « cesse de fonctionner » : cela dépend de la technique, de l'anatomie, du volume pulmonaire, de la position et de l'expérience de l'apnéiste.
La règle essentielle : une compensation ne se force jamais
Douleur = arrêt
Une douleur dans une oreille n'est pas un signal indiquant qu'il faut pousser davantage.
Arrêtez la descente et remontez légèrement.
Évitez les compensations violentes
Une augmentation brutale de pression, notamment lors d'un Valsalva forcé, peut provoquer un barotraumatisme.
Ne descendez pas congestionné
Un rhume ou une congestion importante peut empêcher le fonctionnement normal des trompes d'Eustache.
Apprenez progressivement
Les exercices à sec permettent d'acquérir le geste sans être soumis simultanément à la profondeur, à la pression et à l'apnée.
Apprendre Frenzel pendant un stage d'apnée
La compensation est l'un des principaux éléments techniques qui limitent la progression en profondeur. Quelques corrections sur la position de la langue, le relâchement ou le rythme des compensations peuvent parfois transformer complètement une descente.
Comprendre son propre mécanisme
Nous pouvons observer si l'apnéiste utilise Valsalva, Frenzel, une combinaison des deux ou une ouverture volontaire des trompes.
Tester immédiatement en profondeur
Les exercices réalisés à sec peuvent ensuite être appliqués sur le pendeur en contrôlant la fréquence des compensations, la position de la tête et le relâchement.
Une bonne compensation demande peu de force
Frenzel n'est pas une manière de pousser plus fort. C'est au contraire une technique permettant de produire précisément la petite pression nécessaire au bon moment, tout en conservant le relâchement indispensable à l'apnée.